Hoppa till innehållet

Kultur & Nöje

Assa Traoré: «On n’est pas des serpillères»

Till innehåll
Bild: Thomas Padilla/AP/TT (montage)

Dagens ETC

Alors que l'extrême droite menace de prendre le pouvoir en France, on vote à contrecœur, explique Assa Traoré, qui est devenue la plus grande icône antiraciste du pays depuis que son frère a été tué par la police.

– Quand on est confrontés au racisme, personne ne nous écoute, mais quand ils ont soudain besoin de nous, ils veulent qu’on s’oppose à l'extrême droite.

Selon elle, la gauche aussi a sa part de responsabilité du racisme qui sévit actuellement dans le pays.

Dagens ETC l'a rencontrée à Paris.

Read the interview in:

Swedish: Assa Traoré: ”Vi är inte något man skurar golvet med”

English: Assa Traoré: ”We are not something you scrub the floor with”

Kommentera

Nous sommes en 2016, à Beaumont-sur-Oise, en banlieue parisienne, dans la chaleur du mois de juillet. Un jeune homme est sorti avec son frère aîné pour organiser son anniversaire lorsque la police leur demande soudainement leurs papiers. 

Mais le jeune homme - Adama Traoré - n'a pas de pièce d'identité sur lui et se réfugie dans une maison voisine. Lorsqu'il est finalement arrêté, il est brutalement plaqué au sol par trois policiers. « Je ne peux pas respirer » est la dernière chose qu'Adama, un Franco-malien, dit avant de mourir. Il meurt le jour de son anniversaire, à l'âge de 24 ans seulement, et sa mort déclenche des manifestations et des émeutes importantes dans une France déjà polarisée et tendue. 

Plusieurs rapports d'autopsie sont publiés, mais aucun ne conclut que la cause de la mort est l'asphyxie, citant au contraire toutes sortes de cause, de l'état de santé sous-jacent à la consommation de drogues. Lorsque l'affaire similaire de George Floyd est révélée quatre ans plus tard, les autorités françaises publient un nouveau rapport affirmant que les officiers de police dans l'affaire d'Adama étaient innocents. Cela donne lieu à de nouvelles manifestations de solidarité avec le mouvement « Black Lives Matter » aux États-Unis. 

En 2023, les policiers français sont finalement acquittés de la mort d'Adama par un tribunal. En février 2024, l'avocat de la famille publie un communiqué de presse indiquant qu'un rapport d'autopsie indépendant réalisé par des experts internationaux prouve ce que la famille affirme depuis le début : la mort est due à un étouffement lors de l'arrestation par la police. 

Autour des événements qui ont suivi la mort d'Adama, une personne émergera comme la figure la plus importante du mouvement antiraciste en France. Certains la qualifient d'icône.

La sœur aînée d'Adama, Assa Traoré.

Âgée de 31 ans, elle était à l'époque mère célibataire de trois enfants. 

En 2020, elle fait la couverture du magazine Time en tant que « The Guardian of the year ». Tous ceux qui ont vu la photo ne peuvent pas avoir oublié la détermination de son regard. C'est le regard d'une femme qui ne reculera jamais. 

C'est la crise

Il apparaît clairement qu'Assa est une personne qui occupe chaque minute à parler de la brutalité policière, du racisme et de l'asymétrie de pouvoir qui affecte les non-Blancs. Cela se voit sur son compte Instagram, où 425 000 personnes suivent chacun de ses faits et gestes, y compris la star du football Joules Kounde (au club de Barcelone et à l'équipe nationale française) et d'autres célébrités mondiales. 

Ce n'est que la veille de mon départ, à 0h03 pour être précis, que mon téléphone sonne, illuminant la pièce sombre dans laquelle je m'apprête à me coucher. Un SMS d'Assa avec l'adresse du lieu. Enfin, c'est décidé. A ce moment-même, le président français Emmanuel Macron a convoqué de nouvelles élections après avoir subi une lourde défaite aux élections européennes, où le parti d'extrême droite Rassemblement national de Marine Le Pen a obtenu plus de 30 % des voix. C'est la crise.

Nous nous retrouvons sur une place pavée de la banlieue sud de Paris, avec une fontaine au centre, des brasseries le long de la place et un soleil de plomb qui transforme l'endroit en un chaudron en ébullition.

Assa est là. Elle nous salue, l'interprète et moi, d'un sourire tranquille. Elle est d'un calme incompréhensible. Quand j'écris incompréhensible, je pense aux choses terribles qu'elle a vécues. Mais c'est peut-être exactement cela. Que ceux qui ont touché le fond, puis sont remontés, trouvent une sorte de paix ou d'acceptation de la vie quotidienne. Ou peut-être qu'elle a toujours été aussi maîtrisée, aussi calme. 

– La France ne va pas bien, pour ne pas dire, va mal. Tu sais quand mon frère a été assassiné... commence-t-elle avant d'être interrompue.

Deux hommes s'approchent d'elle et la saluent en expliquant qu'ils l'ont vue à la télévision. Assa leur sourit gentiment, échange quelques mots et leur dit au revoir. Son amie Adja arrive alors avec sa fille de 11 ans. Elles se serrent dans les bras et rient pendant qu'Assa donne à la fille sa carte bancaire et lui dit qu'elle doit déjeuner, bien que la fille lui explique à plusieurs reprises qu'elle n’a pas faim. Puis, Assa reprend là où elle s'est arrêtée.

– Quand mon frère est mort en 2016, c'est comme si sa mort était devenue un symbole pour tous les Français qui ont perdu un être cher aux mains de la police et pour tous ceux qui ont subi des violences policières d'une manière ou d'une autre. 

Elle explique que le Comité «La vérité et Justice pour Adama», qu'elle a fondé après la mort de son frère, a été créé précisément comme une contre-réaction. Pour tous les non-Blancs qui subissent des violences, physiques et psychologiques. Principalement des violences policières. Quand Adama a perdu la vie, on n’avait pas le droit de dire qu'il était mort des suites de violences policières. La police a porté plainte contre elle pour diffamation. Assa a d'abord été acquittée, mais elle a ensuite été condamnée au civil et s'est vu infliger une amende par l'un des officiers de police. Elle explique à quel point il était horrible et surréaliste de s'asseoir sur le banc des accusés lors du procès en diffamation contre le policier qui, selon elle, a tué son frère. Par la suite, les critiques affirment qu'il ne s'agissait là que d'une des attaques contre les personnes qui condamnent les violences policières. Assa souligne à plusieurs reprises que la raison pour laquelle elle a utilisé les mots « violence policière » et «racisme» était de soulever la question pour que cela ne soit pas seulement de la mort d'un autre jeune homme noir, mais que la véritable cause soit reconnue. Selon elle, la France refuse de reconnaître que le racisme existe au sein de ses autorités. Le reconnaître n'est pas une faiblesse, au contraire, cela sauvera des vies, dit-elle en secouant la tête. Son regard se promène sur la place, puis se recentre.

– Quand je dis que la France va mal, je pense à la violence dans les quartiers sensibles, à la pauvreté. L'impossibilité d'en sortir, comme s'il était socialement déterminé qu'il en soit ainsi. Que les pauvres vivent dans ces quartiers sans avoir la possibilité d'influencer leur vie. Comment notre système judiciaire protège la police. C'est de cela qu'il s'agit dans le combat pour mon frère. Mettre à nue le racisme dans le système judiciaire. Montrer que lorsqu'un policier tue des jeunes dans les banlieues, c'est pour des raisons racistes. 

Assa nous dit, avec plus de sérieux, que lorsque quelqu'un refuse de s'arrêter et d'obéir à un policier et s'enfuit, il peut être condamné pour refus d’obtempérer et que ce sont presque exclusivement des Maghrébins et des Noirs qui sont interpellés. Les Blancs qui sont interpellés le sont parce qu'ils ressemblent à des Moyen-Orientaux.

Cédric Chouviat était français mais avait l'air nord-africain. C'est pourquoi ce coursier de 42 ans a été arrêté près de la Tour Eiffel l'hiver 2020 et est mort étouffé, comme l'a révélé l'autopsie. Après sa mort, la famille Chouviat a publié un communiqué demandant au public de rester calme, tout en déclarant que « la France n'est pas les États-Unis, mais la France est en train de devenir comme les États-Unis ». 

Le fait que les non-Blancs soient davantage interpellés que le reste de la population est bien connu en France et a été souligné par Amnesty International, entre autres, qui affirme que les jeunes hommes maghrébins et noirs ont 20 fois plus de risques d'être interpellés par la police que les hommes blancs. En outre, des études montrent que le profilage racial est rendu possible par les pouvoirs étendus de la police française en matière de fouille corporelle des personnes et de contrôle des véhicules, souvent sans suspicion claire de délit. La majorité des personnes abattues par la police française depuis 2017 étaient noires ou arabes. Les criminologues établissent un lien avec une modification de la loi de 2017 qui, dans la pratique, permet à la police de tirer sur un véhicule lorsque le conducteur n'obtempère pas à un ordre. Cette loi a été adoptée par le gouvernement socialiste du président de l'époque, François Hollande. 

– Ce harcèlement et cette violence, associés à des politiques socialement discriminantes et racistes, explique Assa, créent des protestations et des émeutes dans les banlieues, et quand cela arrive, personne ne s'en préoccupe. Mais quand elles s'étendent aux quartiers blancs, elles deviennent un problème pour l'ensemble de la société. Il faut que les Blancs soient touchés pour que le problème soit reconnu, explique-t-elle. Les policiers qui se rendent dans les banlieues sont lourdement armés et les jeunes sont traités comme s'ils se trouvaient dans une zone de guerre. 

La France doit reconnaître son rôle d'oppresseur et de puissance coloniale

L’ONU affirme que la France doit s'attaquer au racisme à l’intérieur des forces de police, alors que le ministère français des affaires étrangères nie l'existence du racisme. Pourquoi ce déni ?

– C'est surtout l'État qui nie l'existence du racisme.
Pour comprendre la raison, dit Assa, il faut comprendre le fonctionnement de la police française. Elle fonctionne comme une extension des politiques coloniales de longue date du pays. Pour justifier la prise de contrôle d'autres pays, les Français ont déshumanisé les gens. Assa raconte que ses grands-parents franco-maliens se sont battus et sont morts pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale, mais qu'ils n'ont jamais été décrits comme des héros et ont été rendus invisibles. Si la France les avait reconnus, des personnes comme son jeune frère Adama seraient probablement en vie aujourd'hui, explique-t- elle. Il aurait été honoré et respecté en tant que petit-fils d'un héros. Aujourd'hui, les gens comme lui sont perçus comme le contraire. 

Que faut-il faire pour aller au fond des problèmes de la police ? 

– La France doit reconnaître son rôle d'oppresseur et de puissance coloniale et comprendre comment cela a affecté et continue d'affecter les non-Blancs dans le pays. Ce n'est pas possible de croire que la police et les autres autorités sont isolées de l'idéologie qui caractérise si fortement le pays. Si cela est assumé, alors le pays peut avancer avec son peuple. 

Croyez-vous qu’une telle reconnaissance puisse guérir les gens ?

– En tout cas, elle pourrait changer beaucoup de choses. Les jeunes d'aujourd'hui pourraient plus facilement trouver leur place dans la société. Sentir qu'ils ont leur place et qu'ils ne sont pas un poids. Et si une telle reconnaissance existait, la société aurait une réelle opportunité de déstructurer la police, qui est aujourd'hui une institution violente et raciste. Quand l'Etat n’assume pas la responsabilité, c'est comme s'il continuait à consentir à la violence policière. 

Que doit-il se passer d'autre pour que le racisme cesse ? 

– La réponse courte est que le système judiciaire doit être impartial. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Il faut donner des rêves et de l'espoir aux enfants et aux jeunes au lieu de les diaboliser et de les criminaliser par la police et le reste du système judiciaire. Nous aurons alors parcouru un long chemin.

Pendant la conversation, des passants joyeux saluent Assa d'un signe de tête. Parfois, elle les regarde et les salue chaleureusement, d'autres fois, elle n'est pas consciente de l'attention que sa présence suscite. 

Aujourd'hui, les gens sont choqués, mais nous non

Que pensez-vous des élections ? 

–Les gens sont choqués que le Rassemblement National, parti populiste de droite, ait fait une telle percée aux élections européennes, même les Blancs des grandes villes sont surpris. Ils ont laissé faire. Je pense aux hommes politiques, à la communauté majoritaire qui n'est pas personnellement touchée par le racisme et aux médias français qui ont normalisé les politiques de droite et racistes. Nos politiciens ont eu un accès facile aux médias grand public et aux réseaux sociaux où, en raison du discours dominant, ils ont pu faire des déclarations sexistes et racistes en toute impunité. Assa expire, boit une gorgée de jus d'orange et poursuit : - Lorsque plus de 1,6 million d'euros sont collectés par la société civile pour le policier qui a abattu Nahel, 17 ans, l'année dernière lors d'un contrôle routier, personne ne devrait être choqué par un tel résultat électoral. Lorsque de telles choses peuvent se produire, il n'est pas choquant que les votes aillent aux populistes de droite. Cela fait longtemps que nous essayons de dénoncer le racisme, mais personne ne voulait nous écouter. Aujourd'hui, les gens sont choqués, mais nous non. 

Les footballeurs Marcus Thuram et Kylan Mbappe ont appelé à voter en raison de la montée des populistes de droite, mais hier, j'ai rencontré un jeune Franco-Marocain qui m'a dit qu'il n'allait pas le faire parce que son vote n'avait pas d'importance.

– Quand il y a des élections, les hommes politiques tendent souvent la main pour qu’on s'oppose à tel ou tel parti. Je n'aime pas du tout cela. Aujourd'hui, vous autorisez des partis comme le Rassemblement National, qui sont ouvertement racistes, et vous demandez ensuite à tous ceux qui subissent leur propagande, en particulier les non-Blancs, de s'opposer à eux. 

– On ne peut pas nous demander de ne pas voter pour certains partis pour faire barrage au racisme de ces partis par le biais d'élections politiques. Ce n'est pas de la démocratie. Quand on dit qu’on est victime de racisme, personne ne nous écoute, mais quand ils ont tout d’un coup besoin de nous, ils veulent qu’on s’oppose à l'extrême droite. On n’est pas des serpillères. Sur le principe, c’est important de voter, mais il aurait été préférable qu'ils agissent bien plus tôt. Les jeunes des banlieues partagent le même sentiment de trahison.choqués

Le nouveau « Front populaire » de gauche, créé pour affronter le parti de Macron et le Rassemblement National populiste de droite, regroupe des partis qui ont contribué à la destruction de nos quartiers

On leur dit très tôt qu'eux et leurs parents n'ont pas leur place et qu'ils sont un fardeau. Ils ont été détruits de l'intérieur, dit-elle, et sont exposés quotidiennement au racisme et à la violence, pensant que rien ne s'améliorera. Il ne s'agit pas seulement de la violence policière, mais aussi de la façon dont les écoles les considèrent. Elles n'écoutent pas leurs besoins, mais décident pour eux du choix de l'école et d'autres choses cruciales pour l'enfant. Assa explique que les enfants non blancs qui perturbent la classe à l'école sont facilement considérés comme difficiles, mal élevés et insolents, alors que pour les enfants blancs, il y a trop souvent des circonstances atténuantes et des raisons qui expliquent le comportement de l'enfant. Assa affirme également que les perspectives d'avenir des enfants non blancs sont rarement positives, les chances d'obtenir un emploi ou un logement en dehors de leur quartier d'origine étant quasiment inexistantes. «Il s'agit de discrimination, rien d'autre», dit-elle fermement.

C'est un tableau bien sombre que vous décrivez. Avez-vous l'intention de voter vous-même ? 

– Le nouveau « Front populaire » de gauche, créé pour affronter le parti de Macron et le Rassemblement National populiste de droite, regroupe des partis qui ont contribué à la destruction de nos quartiers. Je ne ressens donc pas le besoin de voter pour un parti en particulier, mais plutôt de voter pour des personnes afin que mon vote puisse renforcer le candidat élu.
Elle dit qu'elle est bien sûr en faveur de la démocratie, mais que les partis d'aujourd'hui ne sont pas des représentants du peuple, que le peuple n’est pas dupe de leurs mensonges. Elle non plus. 

Les personnes que j'ai rencontrées à Paris disent qu'un choix entre Macron et le Rassemblement national, c'est entre la peste et le choléra. Êtes-vous d'accord ?

– Je comprends leur façon de penser. Si vous ne pouvez choisir qu'entre la peste et le choléra, le choix est déjà fait pour vous. Le choix ne sera donc jamais libre. Trop d’élections ont ressemblé à cela. Vous choisissez entre une mauvaise option et une autre mauvaise option. La question qu’il faut se poser est de savoir comment revenir à un système où les citoyens se sentent représentés et perçoivent que les partis mènent des politiques conformes à leurs défis et à leurs rêves. Un système dans lequel les citoyens ont l'impression qu'ils veulent vraiment les hommes politiques pour lesquels ils votent. 

Comment y parvenir ? Et envisagez-vous de vous lancer dans la politique ? 

– Grâce aux citoyens et aux différents mouvements qui émergent, on peut rétablir la démocratie. Des mouvements qui résistent à l'ordre actuel. Et ce qu’on fait, c’est de la politique ! L'objectif du Comité Vérité et Justice pour Adama, en plus de rétablir la justice pour Adama, est d'attirer l'attention sur la question des violences policières et du racisme dans le système judiciaire, qui touche principalement les personnes d'origine arabe et africaine. C'est là que je veux mettre mon énergie, pas dans la politique des partis. 

Au cours de la conversation, le regard d'Assa est toujours fixe, concentré. Comme si elle n'était pas là pour jouer. Au contraire, tout est très sérieux et très personnel. Soudain, elle sourit, secoue légèrement la tête et fait des gestes comme pour souligner l'absurdité de ce qu'elle s'apprête à dire.

– Pour que les hommes politiques rejoignent les gens, il faut que la France avance avec les gens. Il n'est pas possible que nos hommes politiques soient presque exclusivement blancs, déconnectés de la réalité et du peuple qu'ils représentent. Ces personnes ne pourront jamais comprendre leur population et prendre des décisions en fonction de ce qui est le mieux pour elle. 

– Nous devrions pouvoir voter pour davantage de personnes qui nous ressemblent, des personnes issues de nos quartiers qui se soucient réellement de la population et veulent la rassembler. Par exemple, nous avons des zones comme Montreuil où une femme arabe aurait dû être élue pour représenter son parti sur la base de la population de la zone, mais au lieu de cela, le parti élit un homme blanc. Ce n'est pas possible de procéder ainsi. Le pouvoir doit revenir à ceux qui connaissent le quartier, pas à quelqu'un qui arrive comme un colon et qui commande. 

Elle respire profondément, saisit la bouteille de jus d'orange qui est la seule chose immobile dans notre voisinage et continue. 

– Ce seulement quand le pouvoir est ancré dans la population que les choses peuvent vraiment changer. Je pense que l'organisation, comme ce que nous faisons et le mouvement antiraciste en général en France, est essentielle pour créer un changement à long terme. Un changement qui peut être bénéfique pour la population. 

L'organisation est-elle la voie à suivre pour lutter contre les injustices commises à l'encontre des personnes noires et brunes en France ?

– L'organisation est essentielle, en France et à l'échelle internationale. Les racistes sont organisés. Les politiciens et les magistrats. Et je dirais que nous avons réussi notre organisation. Le mouvement antiraciste se développe en France et ne va pas s’arrêter à cause du harcèlement de la police. Nous sommes actuellement à un tournant. D'un côté, il y a la violence et la répression de l'État français et de l'autre, il y a des jeunes qui n’ont pas peur, au sein de différents mouvements, qui veulent se faire entendre. L'État a peur de la résistance et utilise donc encore plus de violence. C'est pourquoi nous devons poursuivre le combat. Plus l'État devient violent, plus nous nous rapprochons de sa limite. On est face à un grand changement. L'État est bien sûr terrifié et devient de plus en plus violent pour de continuer à maintenir le système raciste qui lui est favorable. Et je vous promets que cela restera dans l'histoire de France, parce que le changement est presque là. Et par changement, j'entends le pouvoir qui n'accepte plus les conditions du pouvoir établi. 

Avez-vous peur de ce qui pourrait arriver si le Rassemblement National remporte les élections ? Vous inquiétez-vous pour vous et pour les autres non-blancs ?

– Absolument, surtout pour eux, mais aussi pour d'autres personnes vulnérables et pauvres. Si on ne lutte pas, la violence augmentera, les droits sociaux disparaîtront et la vie deviendra rapidement beaucoup plus difficile. La vie est déjà difficile pour beaucoup aujourd'hui, tout le monde ne peut pas manger à sa faim en France. C'est aussi le cas de certains Français blancs. 

Est-il possible d'avoir de l'espoir pour l'avenir de la France ? 

– Si on n’a pas d'espoir, alors on arrête de se battre. Ce n'est pas la peine de dire aux gens de descendre dans la rue et de se battre si on n'y croit pas. Il faut avoir de l'espoir pour en donner aux autres. On n’a pas le droit de dire qu'il n'y a pas d'espoir parce qu'il y a beaucoup de gens qui ont besoin de notre aide et qui nous font confiance. Je pense à tous ceux qui ont lutté avant nous contre l'esclavage et le colonialisme et qui n'ont jamais perdu espoir. Nous avons le devoir de poursuivre le combat et de garder l'espoir. 


Traduction: Sara Bechet

Kommentarer

Den här konversationen modereras enligt ETC:s communityregler. Läs reglerna innan du deltar i diskussionen. Tänk på att hålla god ton och visa respekt för andra skribenter och berörda personer i artikeln. Olämpliga inlägg kommer att tas bort och ETC förbehåller sig rätten att använda kommentarer i redaktionellt innehåll.

Kommentarer

Den här konversationen modereras enligt ETC:s communityregler. Läs reglerna innan du deltar i diskussionen. Tänk på att hålla god ton och visa respekt för andra skribenter och berörda personer i artikeln. Olämpliga inlägg kommer att tas bort och ETC förbehåller sig rätten att använda kommentarer i redaktionellt innehåll.